En janvier 2026, plus de 265 médicaments sont encore en pénurie aux États-Unis, selon les dernières données de l’American Society of Health-System Pharmacists (ASHP). Ce n’est pas une crise passagère : certains manques durent depuis 2021, et les patients payent le prix fort. Les hospitalisations, les retards de traitement, les substitutions dangereuses - tout cela devient quotidien pour les professionnels de santé. Et ce n’est pas juste une question de stock vide : c’est un système qui s’effondre sous la pression de la production à l’étranger, des marges trop faibles et d’une régulation trop lente.
Les médicaments les plus touchés : ce qui manque vraiment
Les pénuries ne sont pas réparties au hasard. Elles frappent surtout certains types de médicaments, souvent essentiels et difficiles à produire. Les solutions injectables, en particulier, sont en première ligne. La 5% Dextrose Injection (sachets petits volumes) est en rupture depuis février 2022 - et ne devrait pas être disponible avant août 2025. Même chose pour la 50% Dextrose Injection, en pénurie depuis décembre 2021, avec une résolution prévue en septembre 2025. Ces solutions sont vitales pour les patients en soins intensifs, les enfants déshydratés, ou ceux qui ne peuvent pas boire.
Les antibiotiques et antiviraux fabriqués en Inde sont aussi touchés. La cisplatine, un médicament de chimiothérapie clé pour les cancers du testicule et du poumon, est encore difficile à trouver. Un atelier indien, qui fournissait la moitié du marché américain, a été fermé en 2022 pour non-conformité aux normes de qualité. Depuis, les hôpitaux rationnent ce médicament : les patients avec les pronostics les plus favorables reçoivent la dose prioritaire, les autres doivent attendre ou subir des alternatives moins efficaces.
Les médicaments pour le traitement du diabète et de l’obésité sont aussi en tension. Les GLP-1 (comme le semaglutide ou le liraglutide), utilisés pour perdre du poids et contrôler la glycémie, ont vu leur demande augmenter de 35 % par an depuis 2020. Les fabricants ne peuvent pas suivre. Résultat : des patients doivent interrompre leur traitement, avec des conséquences sur leur santé à long terme.
Les causes : pourquoi ça ne s’arrête pas
La plupart des médicaments que vous prenez ne sont pas faits aux États-Unis. Près de 80 % des matières premières actives (API) viennent de Chine et d’Inde. En 2025, 45 % des API proviennent de l’Inde, 25 % de la Chine. C’est un risque majeur. Un problème de qualité dans un seul atelier en Inde peut couper l’approvisionnement de plusieurs millions de patients. Un embargo, une grève, ou une crise sanitaire locale - et tout s’arrête.
Les fabricants de génériques, qui produisent 90 % des médicaments prescrits, sont les plus vulnérables. Pourquoi ? Parce qu’ils gagnent entre 5 % et 8 % de marge. Les médicaments de marque, eux, gagnent jusqu’à 40 %. Alors les entreprises préfèrent investir dans les produits rentables. Les injections stériles, qui demandent des usines ultra-propres, des contrôles rigoureux et des coûts élevés, sont souvent abandonnées. Elles rapportent peu, mais coûtent cher à produire. Résultat : personne ne veut les fabriquer.
La régulation ne suit pas. La FDA peut avertir, inspecter, et même bloquer des usines, mais elle ne peut pas forcer un fabricant à produire plus. En 2025, elle a empêché 200 pénuries potentielles grâce à des alertes précoces - mais elle n’a pas le pouvoir de dire : « Tu dois augmenter ta production. »
Les conséquences pour les patients et les soignants
Les pharmaciens passent plus de 10 heures par semaine à gérer les ruptures. 67 % d’entre eux ont déjà enregistré des erreurs de médication causées par des substitutions. Un médecin peut prescrire du cisplatine, mais le pharmacien n’en a pas. Il propose alors une alternative - parfois moins efficace, parfois plus toxique. Un patient atteint d’un cancer peut voir son traitement retardé de 14 jours en moyenne. Et ce n’est pas juste un chiffre : c’est du temps perdu pour arrêter la progression d’une maladie.
Les hôpitaux sont obligés de rationner. Les infirmières doivent vérifier deux fois chaque dose. Les patients doivent appeler plusieurs pharmacies pour trouver un médicament. Certains n’en trouvent tout simplement pas. Une étude de l’association Patients for Affordable Drugs montre que 31 % des patients atteints de cancer ont subi une interruption de traitement en 2024 à cause des ruptures.
Les médecins, eux, sont épuisés. Selon l’American Medical Association, 78 % ont dû retarder un traitement en 2024. 43 % ont dû prescrire un médicament moins efficace - parfois avec des effets secondaires plus graves. Ce n’est pas de la mauvaise pratique : c’est de la survie.
Les solutions qui existent - et celles qui ne viennent pas
Il y a des pistes. Certaines pharmacies ont commencé à stocker 30 jours de médicaments critiques. Seulement 28 % des hôpitaux le font - parce que c’est cher. D’autres États ont pris des mesures : New York prépare une base de données en ligne pour indiquer où les médicaments en rupture sont encore disponibles. Hawaï autorise désormais l’usage de médicaments approuvés à l’étranger pendant les pénuries.
Le gouvernement a lancé un nouveau portail en janvier 2025 : les professionnels de santé peuvent signaler une rupture même si elle n’est pas encore listée. En trois mois, 1 247 signalements ont été traités, et 87 % ont déclenché une intervention de la FDA. C’est un progrès. Mais ce n’est pas une solution structurelle.
La seule vraie solution, selon les experts, est triple : inciter la production nationale des matières premières, créer des stocks stratégiques pour les médicaments vitaux, et obligatoriser la transparence des fabricants sur leurs chaînes d’approvisionnement. Sans ça, les pénuries vont continuer - et probablement s’aggraver.
Que faire si vous êtes concerné ?
Si vous prenez un médicament qui est en rupture :
- Ne changez pas vous-même de traitement. Contactez votre médecin ou pharmacien.
- Consultez la base de données de l’ASHP (Drug Shortages Database) pour vérifier l’état actuel de votre médicament.
- Si vous êtes en chimiothérapie, demandez à votre oncologue s’il existe un protocole alternatif validé.
- Ne cherchez pas de médicaments sur Internet. Les produits contrefaits sont fréquents pendant les pénuries.
- En cas de pénurie de solutions injectables, demandez si une alternative orale est possible - par exemple, des sels de réhydratation orale pour remplacer les perfusions.
Les pharmaciens ont plus de pouvoir qu’avant : 47 États leur permettent de substituer un médicament équivalent. Mais seulement 19 autorisent cette substitution sans autorisation du médecin. Cela ralentit tout. La pression est sur les professionnels - pas sur les patients. Mais les patients doivent rester informés, poser des questions, et ne pas accepter un « non » comme réponse finale.
Le futur : une crise qui va durer
Le Bureau du budget du Congrès estime que, sans changement majeur, les pénuries resteront au-dessus de 250 médicaments jusqu’en 2027. Si les tarifs douaniers sur les produits pharmaceutiques chinois et indiens sont appliqués - comme certains projets le prévoient - le nombre pourrait exploser à plus de 350. Ce n’est pas une hypothèse : c’est une prévision. Et les conséquences seront humaines : des vies perdues, des traitements annulés, des maladies qui progressent parce que le médicament n’est pas là.
La technologie ne va pas résoudre ça. L’IA ne peut pas produire de l’insuline. Les robots ne peuvent pas nettoyer une salle de fabrication selon les normes de l’FDA. La seule chose qui peut changer la donne, c’est la volonté politique - et la pression des citoyens. Parce que derrière chaque médicament en rupture, il y a une personne qui attend.
Quels sont les médicaments les plus en pénurie en 2026 ?
Les médicaments les plus touchés en 2026 sont les solutions injectables (comme la dextrose 5 % et 50 %), les chimiothérapies (notamment la cisplatine), les antibiotiques fabriqués en Inde, et les traitements GLP-1 pour le diabète et la perte de poids. Ces médicaments sont difficiles à produire, peu rentables, et dépendent de chaînes d’approvisionnement fragiles.
Pourquoi les génériques sont-ils plus souvent en rupture que les médicaments de marque ?
Les génériques représentent 90 % des prescriptions, mais seulement 20 % du chiffre d’affaires du secteur. Leurs marges sont très faibles - entre 5 % et 8 % - alors que les médicaments de marque peuvent atteindre 30 % à 40 %. Les fabricants préfèrent investir dans les produits rentables. Les génériques, surtout les injections stériles, coûtent cher à produire et rapportent peu : ils sont donc les premiers à être abandonnés.
Les médicaments produits en Chine et en Inde sont-ils moins sûrs ?
Non, ils ne sont pas intrinsèquement moins sûrs. Mais les usines en Inde sont plus souvent en non-conformité avec les normes de qualité (CGMP), et les usines en Chine sont plus vulnérables aux tensions géopolitiques. Ce n’est pas une question de qualité intrinsèque, mais de stabilité du système. Un seul problème dans un atelier peut couper l’approvisionnement de millions de patients.
Puis-je remplacer un médicament en rupture par un autre ?
Seulement sous la supervision d’un professionnel de santé. Certains médicaments ont des équivalents thérapeutiques, mais ils ne sont pas toujours interchangeables. Par exemple, remplacer la cisplatine par une autre chimiothérapie peut réduire l’efficacité du traitement. Ne jamais remplacer soi-même un médicament sans avis médical - même si c’est « la même chose ».
Comment savoir si mon médicament est en rupture ?
Consultez la base de données officielle de l’ASHP (American Society of Health-System Pharmacists) : elle est mise à jour en temps réel et liste tous les médicaments en pénurie, avec les dates de début et les prévisions de réapprovisionnement. Votre pharmacien peut aussi vous renseigner - mais il ne sait pas toujours tout. Vérifiez toujours sur le site de l’ASHP pour avoir une information fiable.
BERTRAND RAISON
janvier 28, 2026 AT 15:43C’est fou comment on laisse des gens mourir pour des marges de 5 %. On produit des iPhones en série, mais pas de dextrose ?
James Venvell
janvier 29, 2026 AT 12:00Oh ben voyons, la FDA va nous sauver… comme elle a sauvé les masques en 2020. 😂
On attend toujours que les gourous de la santé nous disent que c’est normal de choisir qui vit et qui meurt selon le budget.
Vincent S
janvier 30, 2026 AT 15:38Il convient de souligner que la dépendance structurelle aux chaînes d’approvisionnement asiatiques constitue un risque systémique majeur pour la sécurité sanitaire nationale. La sous-investissement chronique dans les infrastructures de production domestique est un échec politique indéniable.
alain saintagne
février 1, 2026 AT 03:18On nous a vendu la mondialisation comme un progrès, mais en réalité, c’est une arnaque. On a délocalisé la production de médicaments pour faire des profits sur le dos des malades. La France doit reprendre le contrôle de sa souveraineté pharmaceutique. Pas de génériques chinois, pas de dextrose indien. On fabrique chez nous ou on ne prend pas.
On a des ingénieurs, des chimistes, des usines. Pourquoi on laisse des enfants déshydratés attendre des semaines pour une poche de glucose ? Parce qu’on a peur de payer 2 euros de plus ? C’est honteux.
La Chine nous vend des puces, mais pas de solutions injectables. L’Inde nous vend des antibiotiques, mais pas de cisplatine. Et on se plaint que les gens meurent ?
On a besoin d’un plan Marshall pharmaceutique. Des subventions massives pour les usines stériles. Des taxes sur les profits des labos étrangers. Des sanctions contre les fournisseurs non conformes.
Et si les Américains sont en crise, c’est parce qu’ils ont tout détruit. Nous, on peut faire autrement. On a la technologie. On a les compétences. On a la volonté - si on ose.
Je ne veux plus entendre parler de « marché libre » quand des patients meurent parce qu’un atelier en Inde a été fermé pour non-conformité. Ce n’est pas un marché, c’est un massacre.
La santé n’est pas une marchandise. Elle est un droit. Et si les politiques ne veulent pas le défendre, alors ils doivent partir. Et on les remplacera par des gens qui n’ont pas peur de dire : « On arrête de vendre nos vies. »
karine groulx
février 2, 2026 AT 15:37Les données de l’ASHP sont incomplètes. Elles ne prennent pas en compte les ruptures locales non déclarées, ni les substitutions non enregistrées. L’estimation de 265 médicaments est donc une sous-évaluation systématique. La vraie pénurie est probablement supérieure à 320 produits.
De plus, la répartition géographique est biaisée : les zones rurales sont 4,3 fois plus touchées que les zones urbaines, mais ne sont pas incluses dans les statistiques nationales. La FDA ne collecte pas les données à ce niveau de granularité, ce qui constitue une faille critique dans la gouvernance.
En outre, les alternatives thérapeutiques proposées sont souvent non équivalentes sur le plan pharmacodynamique. L’usage de la carboplatine à la place de la cisplatine réduit la survie à 5 ans de 18 % selon une méta-analyse de 2024. Ce n’est pas une substitution : c’est une négligence thérapeutique.
Claire Copleston
février 3, 2026 AT 12:55On a transformé la vie en produit. Le corps humain, un marché. Le médicament, un stock. La douleur, un coût. Et on s’étonne que tout s’effondre ?
On a oublié qu’un être humain ne se soigne pas avec un algorithme de rentabilité.
Régis Warmeling
février 4, 2026 AT 12:49La vraie question, c’est pas pourquoi les médicaments manquent. C’est pourquoi on accepte qu’ils manquent.
On accepte qu’un enfant attende 6 mois pour une poche de sucre. On accepte qu’un cancer se propage parce qu’un atelier en Inde a eu un problème de lavage. On accepte que des gens meurent pour un profit de 7 %.
On accepte parce qu’on a peur. Peur de demander mieux. Peur de dire non. Peur de voir que le système est malade, pas juste en panne.
Lisa Lou
février 5, 2026 AT 01:49Je suis en chimio et j’ai dû attendre 3 semaines pour mon liraglutide 😭
Mon médecin m’a dit "c’est normal"... mais c’est pas normal du tout. Je veux juste vivre, pas faire du stockage de médicaments 🥲
Anne Yale
février 6, 2026 AT 09:29Et on parle encore de « liberté » ? Quelle liberté quand tu ne peux pas acheter le médicament qui te garde en vie ? C’est le capitalisme qui tue. Point.
Clément DECORDE
février 6, 2026 AT 13:02Je suis pharmacien dans un hôpital de province. On a eu 14 ruptures en 6 mois. On appelle 12 pharmacies avant de trouver un médicament. Certains patients, on les appelle en fin de journée pour leur dire : « Désolé, pas de cisplatine cette semaine. »
Je leur dis jamais que je pleure après. Mais je pleure.
La solution ? On a besoin de stocks régionaux. On a besoin d’un système de partage entre hôpitaux. Et on a besoin qu’on nous laisse faire notre boulot sans être punis pour avoir remplacé un médicament.
Jean-Michel DEBUYSER
février 7, 2026 AT 06:27Le problème, c’est qu’on parle de « pénurie » comme si c’était un accident. Mais c’est un choix. On a choisi de ne pas investir. On a choisi de privilégier les profits. On a choisi de laisser les gens mourir en silence.
Le vrai problème, c’est qu’on n’a plus la force de dire : « Non, ça suffit. »
Philippe Labat
février 8, 2026 AT 07:15En France, on a un système de santé qui est un modèle - mais on l’abandonne pour des économies de bouts de chandelle. On exporte nos savoir-faire pharmaceutiques, mais on importe nos médicaments. C’est comme si on vendait nos avions et qu’on achetait des pièces détachées en Chine.
On a perdu le sens du collectif. On pense en chiffres, pas en vies.
Joanna Bertrand
février 9, 2026 AT 20:32Je suis infirmière depuis 20 ans. J’ai vu des patients mourir parce qu’on n’avait pas le bon médicament. Je ne dis rien. Je fais mon travail. Mais je me demande : est-ce que demain, ce sera mon père qui n’aura pas son insuline ?
Je voudrais juste qu’on nous écoute. Pas avec des rapports. Pas avec des statistiques. Juste… avec du courage.
james hardware
février 10, 2026 AT 14:21On peut tout changer. Mais il faut agir maintenant. Pas dans 5 ans. Pas après les élections. MAINTENANT.
Signez, manifestez, parlez, écrivez aux députés. On n’a pas le droit d’attendre. Pas un jour de plus.
Benoit Dutartre
février 10, 2026 AT 18:56Et si c’était une manœuvre pour imposer les vaccins personnalisés ?
Les big pharma veulent que tu dépendes d’eux pour toujours. Les pénuries, c’est pour te forcer à accepter les traitements chers, les implants, les puces. C’est du contrôle. Et la FDA ? Elle travaille pour eux. Tu crois que c’est un hasard si tous les médicaments qui manquent sont les seuls que tu ne peux pas acheter en ligne ?
Regarde les brevets. Regarde les lobbys. Regarde les dons aux politiques.
Ça ne s’arrête pas. Ça s’organise.